Après le remarqué Espèces invasives paru en 2019 chez Sarbacane, Nicolas Puzenat revient avec un nouvel ouvrage qui devrait enfoncer le clou, tant par la qualité de son dessin que par l’originalité et la force de son propos. Il étaye par la même occasion le très beau catalogue patiemment élaboré par les éditions Sarbacane ces dernières années.
« An 1488 après Kmaresh. Le Monde est peuplé de deux espèces humaines, séparées par une immense Muraille, bâtie siècle après siècle. Alors que la majorité des terres est occupée par les Homo sapiens, une partie de l’Europe reste aux mains de leurs rivaux, les Néandertaliens, connus sous le nom de NORS. » (Prologue).
Le jour où les Nors, pour une raison connue d’eux-seuls, mettent fin au système de troc établi depuis des générations avec les humains, ces derniers se retrouvent dans une situation aussi délicate qu’inédite et décident d’envoyer un émissaire de l’autre côté de la Muraille. Le jeune Timoléon, accompagné de son ami Pontus, se voit chargé de cette mission. La réalité qu’ils vont découvrir dans ces contrées inconnues est bien loin de celle qu’ils s’imaginaient trouver.
Partant du postulat audacieux selon lequel deux espèces humaines habiteraient simultanément le monde, Nicolas Puzenat bouleverse notre conception de l’évolution et en tire une fable humaniste et inspirée. Imaginant une civilisation confrontée au risque de disparaître, où les femmes possèdent le pouvoir religieux et les hommes le politique, il parvient à créer un monde sensible et cohérent dont de nombreux traits rappelleront immanquablement toute société humaine. L’universalité du propos, appuyée à l’originalité du scénario, offre une oeuvre parfaitement aboutie et l’on ne pourra que louer le travail de son auteur, aussi à l’aise dans l’écriture (il n’est sans doute pas agrégé de lettres et prof de français par hasard) que dans le dessin. Bref, Mégafauna est une belle réussite à côté de laquelle il serait dommage de passer.
Yann.
Mégafauna, Nicolas Puzenat, Sarbacane, 92 p. , 18€.