L’envie de partage et la curiosité sont à l’origine de ce blog. Garder les yeux ouverts sur l’actualité littéraire sans courir en permanence après les nouveautés. S’autoriser les chemins de traverse et les pas de côté, parler surtout de livres, donc, mais ne pas s’interdire d’autres horizons. Bref, se jeter à l’eau ou se remettre en selle et voir ce qui advient. Aire(s) Libre(s), ça commence ici.
Copeaux de bois, Anouk Lejczyk (Éditions du Panseur) – Chronique et entretien – Fanny, Mélanie & Yann
Copeaux de bois, Anouk Lejczyk (Éditions du Panseur) – Chronique et entretien – Fanny, Mélanie & Yann

Copeaux de bois, Anouk Lejczyk (Éditions du Panseur) – Chronique et entretien – Fanny, Mélanie & Yann

La surprise est l’un des plaisirs les plus agréables de toute vie de lecteur – et c’est encore mieux quand elle est excellente, et qu’elle nous saisit au détour des toutes premières phrases d’un livre. Car franchement je n’aurais pas parié d’avance que j’allais tant me régaler à la lecture d’un ouvrage annonçant sur sa couverture Carnets d’une apprentie bûcheronne. Et bien croyez-moi : laissez de côté tout scepticisme ou a priori, et foncez tête baissée dans ce qui s’avère être l’un des plus beaux textes de la rentrée littéraire (et puis après aussi), tout à la fois étonnant, hors des sentiers battus et passionnant.

Être écrivaine-bûcheronne (et réciproquement), c’est comme le disent les collègues d’Anouk, pratiquer à la fois la boxe et les échecs. Ce mélange de concret et de poétique, de fluidité et de pieds dans la boue, de fatigue et de découvertes, de soirées littéraires parisiennes et de battues dans les bois, c’est tout l’esprit de Copeaux de bois. Au rythme des quatre saisons, nous entraînant de l’Ile de France à la Bretagne, de l’est de la France à la Gironde, Anouk Lejczyk tient le journal de son année de formation au CFPPA (Centre de formation professionnelles pour adultes), pendant laquelle le corps prend autant de place que l’esprit. Sans surplomb et avec (grand) talent, la narratrice nous entraîne à sa suite à la découverte d’un univers méconnu, où les femmes ne sont pas légion, et où les hommes n’y vont pas avec le dos de la cuillère – ou plutôt de la tronçonneuse.

Ce texte est envoûtant, tant dans la forme que dans le fond. La forme tout d’abord, qui, à l’instar du tant regretté Joseph Ponthus, nous entraîne dans un rythme scandé par les vers libres, où alternent descriptions et dialogues et qui donnent au texte une énergie et une variété de tons et de registres particulièrement réussie, d’autant plus qu’elle ne va jamais à l’encontre de la cohérence et de la maîtrise ; on passe du réalisme au comique, des pensées de la narratrice aux paroles sans détour de ses congénères et c’est cette forme permettant la multiplicité qui donne au fond toute sa profondeur. L’aspect documentaire est indéniable, mais toujours mâtiné de poésie – on y apprend beaucoup de choses, depuis la révision (voire la compréhension) du théorème de Pythagore jusqu’aux politiques de gestion des forêts, faune et flore confondues, en passant par une approche sociologique passionnante dans les portraits dressés de ces hommes et de ces femmes – cette formation est aussi l’occasion de sortir de son monde, de se confronter aux idées radicalement différentes… On voit le désarroi d’une institution publique peu à peu déconstruite, l’attachement de ses employés à leur métier, les discours pas vraiment politiquement corrects, le parcours initiatique d’une narratrice tour à tour convaincue de ses choix ou découragée, on passe de la canicule extrême au froid glacial qui envahit le corps – on est dehors, tout le temps, nous que nos vies modernes n’habituent plus du tout à cela.

Le plus fort dans tout cela ? C’est que l’on pense à Joseph Ponthus (que l’on croise au détour d’une forêt), on pense à Gracq, on pense aux écrivains du Nature Writing – et à plein d’autres, mais à aucun moment on ne doute de cela : Anouk Lejczyk a trouvé sa voix, son ton, son écriture, magnifiques et bien à elle.

Mélanie.

Crédit photo : Studios Bobert.

Avant d’essayer de savoir précisément d’où vient « Copeaux de bois » et les raisons qui t’ ont poussée à l’écrire, je me demandais comment tu qualifies ce livre (que, pour ma part, je n’arrive pas à appeler « roman ») ?

Avant de l’envoyer à mon éditeur, je le qualifiais de « poésie documentaire », ou tout simplement de « texte ». Puis j’ai relu A la ligne de Joseph Ponthus, et j’ai vu qu’il avait été étiqueté « roman »… alors je me suis dit que j’avais peut-être bien écrit un roman moi aussi. En tant que catégorie fourre-tout plus visible du grand public, pourquoi pas !

Quand tu te lances dans cette formation de bûcheronne au sein de l’ONF, y-a-t- il déjà quelque part l’idée d’en faire un livre, qu’il s’agisse d’un roman ou d’une poésie documentaire ?

Pour préciser, ma formation n’était pas au sein de l’ONF mais dans un centre de formation pour adulte, « CFPPA » dans le jargon acronymique. J’y suis allée dans un but avoué de recherche : à cette époque, je pensais faire une thèse en recherche-création sur les manières d’écrire les forêts, et j’avais cette opportunité de « terrain » pour une durée de deux mois, car il y avait une sorte de pré-formation non-diplômante. Finalement, il s’est passé plein de choses pendant ces deux mois : je n’ai pas pu m’inscrire en doctorat (pour d’obscures raisons administratives), j’ai obtenu une bourse d’écriture, et surtout : j’ai adoré ce que je faisais. Je me suis donc engagée pour les 9 mois suivants avec le BPATF à la clef (Brevet Professionnel Agricole en Travaux Forestiers), et j’ai continué à prendre des notes en me disant qu’elles me serviraient bien à quelque chose — j’avais en tête un récit documentaire, mais sans idée précise quant à sa forme. Petit-à-petit j’ai senti que mes carnets avaient une valeur littéraire en soi, qu’ils contenaient en fait tout ce que j’avais envie de raconter sur les forêts et les gens qui y travaillent, sans fioriture.

En lisant ta biographie sur le site de l’IMEC (Institut Mémoires de l’Édition Contemporaine), on apprend qu’avant de te lancer réellement dans l’écriture, tu as réalisé des documentaires. Tu me parles également d’un but de recherche au moment d’attaquer ta formation. La recherche, la documentation sont des composantes de ta vie, une sorte de formation permanente ?

Oui, c’est bien résumé, mes ami.es se moquent d’ailleurs souvent de moi en disant que je passe ma vie en formation. En même temps il y a tellement de choses à apprendre, je ne vois pas pourquoi ni comment je pourrais désirer autre chose ! Être autrice, c’est la meilleure astuce que j’ai trouvée pour donner une légitimité sociale à cette curiosité. Dire « je me documente pour mon prochain livre », c’est plus commode que « euh, en ce moment j’assiste à un séminaire d’anthropologie, je me balade en forêt, je suis un MOOC sur les pollinisateurs, je lis des trucs sur les ermites, je prends des cours sur le grand gibier, je me forme au Plan Simple de Gestion… »

« Copeaux de bois » m’a attrapé dès ses premières pages, à la fois par l’écriture et par le ton, auquel je ne m’attendais pas du tout. En donnant d’entrée la parole à Max, le formateur en bûcheronnage, tu restitues son franc parler dans un registre brut de décoffrage, souvent très drôle. Mais, très vite, certaines réflexions ou allusions permettent de pressentir un certain décalage entre les missions qui vous sont confiées et la mentalité de certains de tes collègues de travail ou de formation. Comment as-tu vécu cette ambivalence ?

Max, comme il le dit lui-même, est un personnage. C’est d’ailleurs un peu grâce à cette phrase, prononcée par son double dans la « vraie vie », que je me suis sentie autorisée à lui donner cette place dans mon livre. Brut de décoffrage, oui, c’était le registre qu’il préférait jouer, mais c’était surtout quelqu’un sur qui on pouvait compter, avec une approche complexe de la forêt et un réel goût pour la transmission. J’espère que c’est ce qui ressort aussi des discours que je lui prête. Parmi mes collègues de formation ou de stage, j’étais parfois face à des positions politiques ou éthiques bien éloignées des miennes, mais à petite dose je trouve cette confrontation intéressante. Au quotidien, on partageait surtout des situations de travail avec des casques sur les oreilles, ça limite les débats (et les dégâts). J’étais protégée aussi par ma position d’observatrice, et c’était là toute l’ambiguïté : je travaillais avec passion et application, au premier degré, mais ce qui passait me glissait aussi un peu dessus, car je savais que j’avais un « ailleurs ». En tout cas, globalement, j’ai très bien vécu tout ça : j’ai la chance (ou la faiblesse) d’être très tolérante et de plutôt voir le bon côté des gens, alors je me suis surtout fait des ami.es. Euh, c’est de cette ambivalence que tu parlais ?

Oui, en partie mais, dans le chapitre sur la formation consacrée au piégeage, il en est une autre qui m’a davantage marqué. Dans le discours initial que vous fait le formateur, il vous donne clairement des conseils pour vous permettre de contourner les règles en vigueur, ce que j’ai trouvé assez gonflé. Même en te positionnant comme observatrice, n’y a-t-il pas eu quelques moments comme celui-ci où tu t’es posée des questions sur certaines pratiques ?

Je crois que je préfère un type franc du collier (ou du « collet », devrais-je dire) qu’un formateur qui nous raconte la messe, en faisant comme si cette pratique était totalement régulée et régulable. Il s’adresse à des adultes, c’est à nous de voir ensuite quelle éthique on souhaite adopter. Aussi, cette défiance vis-à-vis des règles n’est pas anodine : en France, le piégeage faisait partie des chasses paysannes et vivrières qui avaient leur raison d’être autour des fermes. Avec le développement de l’agro-industrie, l’État a eu besoin de s’assurer que tout était sous contrôle, pour garantir la production et les retours économiques escomptés. Cela a généré des charges administratives très lourdes pour des personnes qui n’y étaient pas du tout formées. Dès 1844, les paysans qui chassaient autour de chez eux sont devenus illégaux, car le permis de chasse rendu obligatoire n’était accessible qu’à une élite bourgeoise et aristocratique. Les paysans-chasseurs sont devenus des braconniers, mais c’est l’État qui leur a imposé cette attitude insoumise ! L’anthropologue Charles Stépanoff en parle avec une grande clairvoyance dans L’animal et la mort, somme d’observations de terrain et de perspectives historiques et ethnologiques sur les pratiques de la chasse en France. Cette lecture m’a vraiment aidée à comprendre certains discours et comportements, qui au-delà des personnes qui les portent, s’intègrent dans une histoire plus grande de dépossession des terres et des pratiques rurales… qui se poursuit aujourd’hui, avec une répression grandissante — je pense notamment aux Soulèvements de la terre. Cela dit, pour revenir à ma formation, j’étais quand même bien contente qu’à l’inverse, le chef de battue à l’Office ait une attitude inflexible, étant donné le nombre de gens armés en présence.

Si les premières impressions qui viennent à la lecture de « Copeaux de bois » sont indéniablement agréables et liées au plaisir que tu as pris et que tu transmets à merveille, un autre sentiment se dégage au fil des pages et des discussions avec tes collègues concernant l’ONF. Ton livre n’est en aucun cas un réquisitoire mais il dresse néanmoins en creux le portrait d’une institution en pertes de repères. Colère, fatigue psychologique, incompréhension devant certaines décisions venues « d’en haut », tu as bien dû ressentir également ces signes ?

Dans mon livre je parle de « l’Office » et je tiens à ce qu’on le nomme ainsi : même si c’est transparent, ça m’écarte légèrement d’une précision potentiellement accusatrice — de la même manière, je n’ai pas nommé les lieux, pour ne pas cibler les équipes. C’est un petit élément de protection, sans doute plus pour moi-même et pour les collègues concernés que pour l’institution. Si j’avais voulu la viser explicitement, alors je l’aurais nommée en entier, mais ç’aurait été un autre texte. Néanmoins, oui, « perte de repères » me parait très juste : la structure a évolué, les métiers ont évolué, et les ouvriers n’ont pas le choix, ils doivent s’adapter. Contrairement à une image encore répandue, il n’y a plus de concours pour entrer, et les derniers fonctionnaires sont en train de partir à la retraite. L’esprit de « maison » n’existe plus vraiment et l’établissement s’auto-finance, ce qui implique des choix parfois productivistes que ni les agents (ou gardes, ou techniciens) ni les ouvriers n’approuvent, mais ils exécutent car il faut bien faire du chiffre. Derrière la promesse des années 2000 d’une structure moins pyramidale, c’est simplement la lourdeur administrative qui s’est immiscée dans toutes les strates, répartissant ainsi une charge pour laquelle les employé.es n’avaient pas signé. Du moins, c’est ce qu’il m’a semblé lors de mes discussions avec elles et eux… Et dans tout ça, les paies restent dérisoires vis-à-vis de la dureté du travail, ce qui n’incite personne à la productivité. La mobilité du personnel rajoute encore à la perte de sens, car de moins en moins de forestiers et forestières connaissent en profondeur leur forêt et son histoire, faute d’y rester suffisamment. Ce qui m’a été transmis par « des vieux de la vieille » pendant mes stages est en train de disparaître, et c’est tout à fait logique : l’établissement offre très peu de CDI, et je crois que générationnellement, l’enracinement géographique et temporel n’est plus du tout une évidence. Cette situation me rend triste, car j’ai rencontré des personnes passionnées mais qui en viennent à se tirer vers le bas, faute de valorisation de leur travail et de leurs potentielles initiatives… Le tout dans un contexte de réchauffement climatique et de déclin de la biodiversité qui remet tous les fondements en question. Ça crée des incertitudes à tous les niveaux, et donc de l’angoisse, du mal-être, que l’Office ne prend pas sérieusement en charge. Malgré tout, je continue de défendre cet établissement, parce que je crois en la forêt publique, et parce que j’ai rencontré plein de forestiers et forestières très compétentes qui ont fait ce choix d’y travailler plutôt que dans le secteur privé potentiellement plus rémunérateur — et ça, ça me touche.

Au-delà de l’institution et du malaise qui peut y régner, tu as dû à plusieurs reprises au cours de la formation faire face à des discours racistes ou sexistes. Même si tu ne t’es à aucun moment laissée déstabiliser, ces « dérapages » plus ou moins contrôlés sont révélateurs à la fois d’une libération de la parole pas toujours très saine et de vieilles habitudes un peu rances dont notre société peine à se défaire. Il ne doit pas toujours être facile de garder son calme dans ces moments-là ?

C’est peut-être mon côté « verre à moitié plein », mais j’ai l’impression que ces « dérapages » ont quand même été marginaux. Les langues se délient dans les entre-soi, c’est normal, c’est juste que cette fois-ci j’étais là pour les entendre — je parle ici du premier stage. Je crois qu’au fond je préfère côtoyer un tout petit peu ces personnes pour comprendre d’où elles parlent et avoir une occasion de démêler les opinions, plutôt que de les ignorer ou y accéder lointainement, avec une sorte de rejet automatique. J’ai mes limites, bien-sûr, le moment de la campagne électorale m’a notamment bien crispée. Mais c’est un fait, j’ai du mal à perdre mon calme. C’est un petit privilège que je réserve aux personnes que j’aime le plus !

As-tu lu « Mes forêts » d’Hélène Dorion et n’as-tu pas envie, à un moment, d’explorer une forme plus personnelle du rapport à tes forêts ? C’est à dire par ton regard, tes avis, sensations, plutôt que par le regard des autres ?

Je n’ai pas encore lu Mes Forêts, mais j’y compte bien. J’avais assisté à la présentation et à la lecture d’Hélène Dorion à la Maison de la poésie au printemps, qui m’ont tout de même donné une idée. En adoptant l’idée de Pierre Bayard selon laquelle nous pouvons tout à fait parler des livres que l’on a pas lus, je peux donc commencer par dire que l’article possessif dans le titre me pose question. Je comprends qu’il renvoie à une relation intime entre l’autrice et les forêts qu’elle parcourt jour après jour, mais ce lien très personnel, au fond, m’intéresse moins. C’est comme raconter un rêve ou un voyage : ce sont des expériences trop denses et intuitives pour être transmises de manière satisfaisante par la parole. Je pense que la poésie est précisément là pour en faire la tentative, et c’est ce qui fait sa force bizarre : la manière dont le langage se tortille pour saisir et donner à saisir des zones de complexité, mais aussi ce qu’il y a d’intangible dans notre relation au monde. Dans le cas d’Hélène Dorion, j’ai l’impression que c’est dans les aller-retours qu’elle fait entre évocations concrètes et métaphores que se situent ses forêts, y compris intérieures, et j’aime l’idée que l’écriture permette de créer cet espace hybride, ce « lieu sans lieu »-là. Personnellement, et pour l’instant, ma quête va plutôt du côté de la compréhension pragmatique des choses, les points d’interrogation sont constitutifs du regard que je pose sur les forêts. C’est un positionnement politique, aussi : je suis convaincue que les fantasmes concernant la nature ne mènent qu’à une séparation plus grande, et que les récits contemplatifs et idéalisés sont déjà assez nombreux, y compris dans la vie de tous les jours. Si j’emprunte les lunettes du sylviculteur, de la bûcheronne ou du chasseur dans mon livre, c’est parce que je considère que mon regard ne suffit pas. Si j’emprunte leurs paroles, c’est parce qu’il y a dans le lexique et la musicalité de leurs idiolectes et sociolectes des surplus de sens et des échos que seul un texte peut faire résonner. D’ailleurs, mes sensations et réflexions ne sont pas centrales, mais elles traversent quand même le texte de part en part — leur absence m’aurait paru problématique, car je ne prétends à aucun moment à une objectivité. Des autrices comme Claudie Hunzinger dans Les grands cerfs ou Karine Miermont dans Vies de forêt, toutes deux dans les Vosges et dans des styles différents, décrivent aussi très bien ces entrelacs de vies et de points de vue qui composent concrètement et symboliquement les forêts qui les entourent. Je pense que je suis au croisement entre elles, Joseph Ponthus et une anthropologue qui se serait plantée de carrière.

Sur le site de l’IMEC auquel je fais allusion en début d’entretien, il est également question d’un second roman, je cite, « l’histoire d’un couple de néoruraux qui décide d’accueillir et embaucher Eugénie, une jeune ermite de compagnie. Elle aura pour mission de les accompagner spirituellement dans leur nouvelle vie en lisière de forêt. » Qu’en est-il de ce texte ?

Ce roman, j’en ai écrit les premières bribes en 2021, puis je passe mon temps à le mettre de côté parce qu’il y a eu Felis silvestris première et seconde versions, puis Copeaux de bois, qui l’a devancé pendant ma résidence à l’IMEC. Pour l’heure il existe quotidiennement dans ma tête, et sur une vingtaine de pages… Mais c’est un travail très différent de Copeaux, et même de Felis qui puisait en grande partie dans un matériau très personnel. C’est la première fois que je me lance dans une trame 100% fictionnelle, où je dois tout inventer. C’est à la fois jouissif car tout est possible, et effrayant, pour la même raison. Il s’agira cette fois-ci de grands espaces, avec de la forêt mais pas que, avec toujours ce même enjeu de vie marginale dans un milieu faiblement anthropisé. Le couple de déraciné.es en sera une incarnation, mais c’est d’Eugénie (l’ermite de compagnie) que me vient cette histoire, car c’est une jeune femme vraiment étonnante, avec une manière de regarder le monde et de le verbaliser bien à elle. C’est la première fois aussi qu’un personnage existe autant en moi, et j’ai hâte de lui accorder l’espace-temps de se déployer en dehors.

En-dehors de ce roman que l’on attendra donc avec impatience, quels sont tes autres projets (de formation, par exemple) ? Et, question subsidiaire, as-tu fini par t’offrir ou te faire offrir une tronçonneuse électrique ?

A ta double-question je vais apporter une double réponse : j’ai pour projet de bûcheronner un peu l’hiver prochain, avec la tronçonneuse électrique que je me suis offerte l’hiver dernier. J’ai aussi deux résidences qui m’attendent en 2024 : un mois à la Lanterne des écrivains dans l’Orne au printemps, puis deux mois à la Maison Julien Gracq à l’automne. Entre tout ça je vais tâcher d’accompagner Copeaux de bois, et travailler notamment sa version « lecture sur scène », que j’ai déjà initiée à plusieurs reprises… dernièrement à l’AG du RAF (Réseau pour les Alternatives Forestières), accompagnée d’autres camarades bûcheron.nes-écrivain.es qui ont lu leurs textes respectifs, c’était fabuleux ! J’ai rejoint aussi le comité de gestion de mon groupement forestier dans le Morvan (Le Chat Sauvage) et compte donc m’y consacrer un peu plus. Je me formerai peut-être un jour plus solidement en gestion forestière, mais ce ne sera pas pour la prochaine rentrée des classes…

L’équipe d’Aire(s) Libre(s) tient à remercier Anouk pour sa gentillesse, sa disponibilité et la qualité de ses réponses. Mener à bien cet entretien a été aussi plaisant que lire le livre, ce qui n’est pas peu dire.

Copeaux de bois, Anouk, Lejczyk, Les éditions du Panseur, 304 p. , 19€.

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