L’envie de partage et la curiosité sont à l’origine de ce blog. Garder les yeux ouverts sur l’actualité littéraire sans courir en permanence après les nouveautés. S’autoriser les chemins de traverse et les pas de côté, parler surtout de livres, donc, mais ne pas s’interdire d’autres horizons. Bref, se jeter à l’eau ou se remettre en selle et voir ce qui advient. Aire(s) Libre(s), ça commence ici.
Malgré toute ma rage, Jérémy Fel (Rivages) – Aurélie & Nicolas
Malgré toute ma rage, Jérémy Fel (Rivages) – Aurélie & Nicolas

Malgré toute ma rage, Jérémy Fel (Rivages) – Aurélie & Nicolas

Je vous préviens tout de suite : ce livre ne conviendra absolument pas aux âmes délicates !

Jérémy poursuit son exploration méthodique du mal et atteint ici une expertise assez impressionnante des mécanismes de la perversion à travers des personnages plus que torturés et prenant un malin plaisir à torturer les autres.

Photo : D.R.

Après une première scène qui annonce clairement la couleur (ultra sombre) du livre, l’auteur nous propose quelques jours de vacances au Cap avec quatre adolescentes. Seulement l’une d’elle est majeure, elles ont malgré tout réussi à convaincre leurs parents de les laisser partir seules dans cette ville où les tirs d’armes à feu ne font plus sursauter personne.

Bien sûr, je m’attendais à ce que leur séjour ne soit pas celui de touristes lambdas mais je ne m’imaginais pas être surprise à ce point par les idées complètement tordues de l’écrivain que j’imaginais rire diaboliquement derrière son clavier en imaginant le visage ébahi des lecteurs à la découverte de certains passages.

J’ai adoré être horrifiée, j’ai adoré plonger dans les secrets de famille de ces adolescentes et de leurs proches, me laisser submerger par la violence aussi bien physique que psychologique qui imprègne ces pages.

Lire un roman de Jérémy Fel c’est pouvoir s’offrir une parenthèse où tout est possible, exorciser ses démons avant de revenir au quotidien policé qui est le nôtre.

Dites-moi qui en France de nos jours maîtrise aussi bien l’horreur que lui ? Vous pourrez me répondre quand vous aurez passé quelques nuits blanches en compagnie de ce nouveau roman.

Aurélie.

Il y a un certain temps que je n’ai pas dit du mal d’un roman. Ou plutôt, longtemps qu’il me semblait injuste de tirer sur une ambulance.

Au dos de ce roman, reçu parce que les éditions Rivages  ont décidé que mon avis pouvait être intéressant (c’est peut-être la dernière fois), il y a écrit :

Tandis que ses personnages se débattent avec leurs pulsions, de lourds secrets en révélations inattendues, Jérémy Fel pousse ses lecteurs dans leurs retranchements et les invite à s’interroger sur l’origine du mal et ses effets sur l’âme humaine.

Voilà voilà.

C’est donc du sérieux.

Je veux dire que rares sont les romans qui me poussent dans mes retranchements et qui m’invitent à m’interroger sur l’origine du mal (film dont je pense que n’est pas Chabrol ou De Palma qui veut) et ses effets sur l’âme humaine.

Quel challenge…

D’autant qu’écrire un roman « choral » n’est pas non plus à la portée de n’importe qui, et d’après les dithyrambes croisés sur le ouaibe, Jérémy Fel n’est pas n’importe qui.

Tant mieux, d’autant que je ne connais pas l’Afrique Du Sud. Pas encore.

Voilà voilà voilà.

Je te remets quand même en tête le roman choral, sans aller chercher Lenny et Milton et parce que tu as sans doute lu celui de Colin Niel qui s’appelle « Seules les bêtes », et donc je te remets aussi en tête ce que doit être le « roman choral »…

Une histoire racontée, avec des voix (voies) différentes, par chacun des protagonistes.

Ce qui présuppose que l’écriveur (j’ai du mal à dire écrivain dans ce cas précis) est capable, à chaque chapitre, de te laisser partir à la découverte de l’histoire à travers le regard d’un autre personnage.

Comment ?

En modifiant les mots, le langage, l’écriture…

Tu vois où je veux en venir ?

Dans ce roman, rien de ce que j’espérais à travers la quatrième de couverture ne s’est produit.

Quand je dis rien, je veux dire que dalle.

Dès le troisième chapitre, je me suis dit que c’était loupé.

Et ça a continué jusqu’à la dernière page froissée d’agacement, parce que je suis têtu.

Jusqu’à la dernière page tournée, j’ai tenté d’apercevoir quelque chose qui justifie l’engouement des lecteurs pour cet tôteur.

Rien vu, rien lu.

Pas une seule phrase qui soit venue relever le niveau d’écriture.

Juste des mots, posés les uns à côté des autres, et qui ne sont, à mon avis, rien moins qu’une rédaction de quatrième avec un côté trash dont certains lecteurs ou lectrices sont friands.

Mais bordel, c’est pas ça la littérature que j’aime !

Je m’énerve pas Ghislaine… Juste je dis ce que j’en pense.

La littérature que j’aime, ce sont des phrases qui te bousculent, qui laissent des traces dans ton cœur de lecteur exigeant.

Buk disait, dans un de ses poèmes, Lui contre le monde entier,  que quand ça ne sortait pas de tes tripes, c’était pas la peine d’écrire…

Jérémy Fel est donc publié chez Rivages. Et Rivages est une grande maison, on va pas se mentir, ce qui présuppose donc que je n’ai rien compris. Qu’encore une fois, je suis passé à côté du roman de l’année… C’est habituel chez moi.

Peut-être que c’est trop bien écrit (on en revient à la rédac de quatrième un peu trash) et qu’il aurait fallu parler avec ses tripes plutôt qu’avec son clavier et le correcteur automatique.

Pas de style, et je te confirme que l’absence de style n’est pas le style, sauf en de rares exceptions dont aucune ne me vient à l’esprit aujourd’hui. J’y ai cru, pourtant.

J’y ai cru parce que l’histoire est intelligente. Vraiment intelligente.

Qu’avec cette histoire, un écrivain aurait pu écrire un vrai roman choral (on y revient) avec, pour chacun des personnages, autre chose qu’une psychologie presque (non, pas presque) de comptoir et surtout, surtout, des mots différents, une écriture différente, et qui te donne à voir l’image d’un autre ou d’une autre, avec ses mots propres, son phrasé propre, son écriture…

L’éditeur, et chacun des personnages que tu vas croiser, sont ridicules à force d’être caricaturaux, et finalement, l’intérêt de les mettre en scène à chaque chapitre est non seulement limité, mais surtout n’apporte rien à l’histoire, qui aurait été tout aussi intéressante avec un seul narrateur.

C’est ballot.

Donc, pour finir, quelle déception…

Même si jusqu ‘au bout j’ai espéré quelque chose, une phrase, des mots, qui aurait modifié mon point de vue de lecteur déçu, rien.

Et rien, c’est vraiment pas grand chose.

J’ai espéré en vain.

En terme de psychologie, n’est pas Stephen King qui veut, et comme disait un écrivain que j’ai beaucoup aimé, je n’ai pas entendu la roue de la charrette qui s’arrache du sol

Il sort en août 2023, et je pense que tu vas pouvoir t’en passer.

C’est tout ce que j’ai à dire sur ce bouquin.

Nicolas.

Malgré toute ma rage, Jérémy Fel, Rivages, 528 p. , 23€.

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