L’envie de partage et la curiosité sont à l’origine de ce blog. Garder les yeux ouverts sur l’actualité littéraire sans courir en permanence après les nouveautés. S’autoriser les chemins de traverse et les pas de côté, parler surtout de livres, donc, mais ne pas s’interdire d’autres horizons. Bref, se jeter à l’eau ou se remettre en selle et voir ce qui advient. Aire(s) Libre(s), ça commence ici.
Paradise, Nevada, Dario Diofebi (Albin Michel – Terres d’Amérique) – Yann
Paradise, Nevada, Dario Diofebi (Albin Michel – Terres d’Amérique) – Yann

Paradise, Nevada, Dario Diofebi (Albin Michel – Terres d’Amérique) – Yann

« Il était bel et bien au pays de l’abondance, où même le plus simple des mets vous forçait à en redemander toujours plus, à vous gaver jusqu’à vous faire éclater la panse. Un pays pour les affamés. »

On a beau avoir une confiance quasi aveugle en Francis Geffard pour sa collection Terres d’Amérique chez Albin Michel, il faut bien reconnaître qu’une plongée de 650 pages au sein d’un casino de Las Vegas n’était pas forcément la proposition la plus immédiatement attractive de cette rentrée. Le coup n’en est donc que plus rude.

Photo : D.R.

Au même titre que Parmi les loups et les bandits d’Atticus Lish, Ohio de Stephen Markley ou Lorsque le dernier arbre de Michael Christie (respectivement parus en 2016 chez Buchet-Chastel et 2020 et 2021 en Terres d’Amérique), ce premier roman de Dario Diofebi fait (très) forte impression et s’impose très vite comme un des grands romans de cet automne. On y retrouve une nouvelle fois ce mélange d’ambition, d’assurance et de maîtrise toujours bluffant chez un primo romancier. Il nous faudra donc saluer à nouveau le flair exceptionnel de Francis Geffard qui étoffe sa collection d’un nouveau grand roman de l’Amérique.

Dario Diofebi, en situant son roman à Las Vegas, s’empare du mythe américain, construit sur le pouvoir, la violence et l’argent. Cette ville/symbole, qui semble incarner à la fois l’aspect le plus glorieux du rêve américain et son côté le plus sombre, devient le décor hallucinant au sein duquel vont percuter les destins de Ray, Mary-Ann, Tommaso, Lindsay et quelques autres.

« Impossible pour nous d’expliquer ce qui s’est passé le soir de l’incendie sans poser d’abord ce fait établi, à savoir qu’une ville peut être à la fois fiction et réalité, paradis et vrai lieu de vie. Nous tous ici devons en prendre la mesure, tôt ou tard. « 

Aussi virtuose dans le contrôle des trajectoires qu’il impose à ses protagonistes que dans la construction de ce roman au long cours, Dario Diofebi avance avec l’assurance d’un vieux briscard et l’insolence (inconsciente ?) du surdoué. Le résultat est à la hauteur de ses ambitions même si on pourra lui reprocher quelques pages dispensables, en particulier autour des techniques de jeu au poker, pages inutilement techniques qui alourdissent quelque peu le texte et nuisent au rythme particulier du roman. Mais s’arrêter à ce défaut mineur serait quasi criminel tant le reste du roman est ébouriffant. Car Paradise, Nevada n’est pas un livre sur le poker même si c’est à travers lui que se cristallisent les principaux thèmes qu’aborde Diofebi, à savoir le pouvoir et l’argent et, surtout, le règne des apparences, du bluff et des faux-semblants, toutes choses sur lesquelles s’est bâtie cette ville hors norme, royaume définitif de l’illusion.

Dario Diofebi est né en Italie mais il réside aux États-Unis depuis plusieurs années, après y avoir tenté une carrière de joueur de poker professionnel. De là à imaginer que son parcours personnel lui a servi à élaborer celui de certains de ses personnages, il n’y a qu’un pas que nous franchirons sans la moindre hésitation. C’est d’abord en puisant dans sa propre histoire que le jeune auteur parvient à insuffler dans ces pages une telle vie. Le roman fourmille de détails, d’anecdotes et de dialogues qui lui confèrent la force du réel, qu’elle soit positive ou plutôt contraire. Alliés à une imagination débridée, ces morceaux d’existence se coagulent pour créer un récit dense et passionnant, une allégorie de l’Amérique actuelle confrontée à ses propres contradictions et à une violence inhérente à son histoire. Grand roman des apparences, Paradise, Nevada est aussi et surtout un grand roman tout court.

 » – Les gens ne pensent qu’à ça, ici. Gagner de l’argent. Et si vous êtes une femme, trouver un mari fortuné. Toujours la même histoire qui revient en boucle.

– Las Vegas est une ville pleine d’histoires.

– D’histoires qui parlent toutes d’argent, et de pouvoir. »

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Paul Matthieu.

Yann.

Paradise, Nevada, Dario Diofebi, Albin Michel / Terres d’Amérique, 656 p. , 23€90.

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