L’envie de partage et la curiosité sont à l’origine de ce blog. Garder les yeux ouverts sur l’actualité littéraire sans courir en permanence après les nouveautés. S’autoriser les chemins de traverse et les pas de côté, parler surtout de livres, donc, mais ne pas s’interdire d’autres horizons. Bref, se jeter à l’eau ou se remettre en selle et voir ce qui advient. Aire(s) Libre(s), ça commence ici.
Nos cœurs disparus, Celeste Ng (Sonatine) – Nicolas
Nos cœurs disparus, Celeste Ng (Sonatine) – Nicolas

Nos cœurs disparus, Celeste Ng (Sonatine) – Nicolas

Impression mitigée après avoir tourné les premières pages de ce roman.

Mitigée parce qu’y voir simplement un roman pour adolescents aurait été facile, et que c’est un pas que j’ai failli franchir avec mes Sketchers de randonnée (ce moment de publicité vous est offert sans aucune contrepartie), mais je ne l’ai pas fait.

Mitigée aussi parce que tu vas y voir, bien sûr, des liens avec ce qui est en train de se passer un peu partout sur notre jolie planète A (je te rappelle qu’on a une planète B, c’est pour ça qu’on peut faire n’importe quoi avec celle-ci), notamment dans les pays développés.

Tu espères, sans doute comme moi, que ça n’arrivera pas dans les pays pas développés, parce qu’ils sont beaucoup plus nombreux que nous et que malgré nos compteurs à copains (sur Facebouq et autres instagrammage), on n’aurait pas l’air malin…

Ne pas oublier le fait que dans ces fameux pays pas développés, ils ont autre chose à penser, comme chercher à bouffer, puiser de l’eau quand la rivière détournée par Kaka kola coule encore, et autres occupations de pays pas développés.

Tu vas donc y voir des liens avec ce que les médias « alternatifs » dénoncent régulièrement, à savoir, deux points ouvrez les guillemets…

Le gouvernement qui te dit précisément, comme dans Matin brun, de quelle couleur doit être ton chien, ou encore un ministre, comme chez nous, qui t’explique précisément comment remplir ton attestation de sortie, sur laquelle tu t’autorises toi-même à sortir de chez toi (rigole pas, ça va revenir)… Tout ça.

En ce moment, c’est plus calme.

Ou on n’en parle pas.

Ou on n’a pas le droit d’en parler.

Je veux dire que les médias des courants dominants ont décidé de ne pas en parler.

Je sais pas pourquoi.

Peut-être qu’ils s’imaginent qu’on est des très jeunes mômes, donc immatures et sans aucune culture générale, ou qu’on a arrêté de réfléchir, à cause de la graisse qu’on a autour du cœur, ou à cause des téléphones qu’on surveille toute la journée pour ne rien rater des informations fondamentales sur la vie de ceux qu’on ne connaît que virtuellement.

Je croyais qu’on avait vendu l’homo sapiens pour racheter du Néandertal, mais non. On a acheté de l’homo telephonicus à la place, et je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée.

Donc je sais pas pourquoi.

Photo : David Levenson / Getty Images.

Quant à Celeste NG, on y vient.

Elle a imaginé un pays, un monde, où justement ceux qui dirigent ont quelque peu modifié les règles.

Un monde, un pays, où les gens qui ont un lien plus ou moins prononcé avec le pays du soleil levant, sont automatiquement coupables.

Ça te rappelle quelque chose ?

Teint mat, cheveux frisés, voire grande robe qui tombe joliment jusqu’aux pieds…

Je déconne.

Tu sais qu’il faut se méfier des dystopies. Le trop dont elles ont été victimes, la façon dont a été traité notre avenir, fait qu’elles ne ressemblent plus du tout à ce pour quoi elles avaient été créées au départ.

Parce que notre avenir, au vu de ces histoires, n’est qu’horreur et bains de sang.

Parce que notre avenir ressemble à ce que nous sommes en train « d’enfer ».

Je te rappelle le langage des oiseaux dont certains sont coutumiers.

Celeste Ng a écrit autre chose.

Ce que veulent faire certains de nos « dirigeants », elle l’a écrit.

Préserver la Culture et les Traditions Américaines.

PACT en langue de Shakespeare.

Préserver la Culture et les Traditions Françaises.

Je traduis pas, tu m’as compris.

Mettre en place la dénonciation, la haine de l’autre, et en particulier la haine de l’asiatique. Un roman m’avait déjà fait toucher du cœur cette discrimination, mais c’était un roman « historique », pas une dystopie.

Fantômes  de Christian Kiefer.

Je t’en causerai ultérieurement.

Dans ce roman tu vas rencontrer Bird. Le pote de Sadie et le fils de Margaret Miu. Margaret a disparu, un jour, sans laisser de trace. Elle était chinoise, et elle était poétesse.

Sadie disparaît, un jour, sans laisser de trace, et Sadie adorait les bibliothèques.

Sans doute que la poésie et les livres, contrairement à ceux qui pensent que ce ne sont que des mots marqués sur du papier, sont des armes de destruction massive.

Sans doute.

Impossible de ne pas penser au roman de Margaret Atwood, La servante écarlate, que je me suis senti obligé de relire.

Je t’en causerai ultérieurement.

Les livres, et la poésie, parce qu’ils ouvrent « des brèches par où la magie pouvait s’insinuer, faisant du monde un lieu de tous les possibles » disait Margaret à Bird.

Malgré les situations décrites, les enlèvements d’enfants (que tu connais si tu as lu « Jeu blanc » de Richard Wagamese, ou le racisme quotidien, à aucun moment tu ne vas être obligé de refermer ce roman parce qu’il sera trop violent.

C’est une réussite.

Parce que sombrer dans la violence, justement, décrire des situations au-delà du supportable, c’est facile.

Contrairement à ce que pensent d’aucuns.

Sans doute que cette douceur dans l’écriture m’a permis d’aller jusqu’au bout de cette lecture, étonné à chacune des pages tournées de ce que l’histoire me donnait à travers les mots de Celeste Ng.

Alors un roman fait de touches délicates, un peu comme les Shanshuis quand ils te montrent un paysage.

Peinture : Wang Hui.

Alors aussi un roman d’actualité, presque un roman social que Manchette n’aurait pas forcément renié.

Presque.
 Un de ces trop rares écrits qui te font croire encore dans l’humanité plutôt qu’être persuadé qu’elle est une erreur de l’évolution.

Cette humanité qui peut écrire de la poésie, au milieu de l’enfer.

C’est tout ce que j’ai à dire sur ce roman.

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Julie Sibony.

Nicolas.

Nos coeurs disparus, Celeste Ng, Sonatine, 528 p. , 23€50.

La France a peur, encore d’actualité, 20 ans après…

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