L’envie de partage et la curiosité sont à l’origine de ce blog. Garder les yeux ouverts sur l’actualité littéraire sans courir en permanence après les nouveautés. S’autoriser les chemins de traverse et les pas de côté, parler surtout de livres, donc, mais ne pas s’interdire d’autres horizons. Bref, se jeter à l’eau ou se remettre en selle et voir ce qui advient. Aire(s) Libre(s), ça commence ici.
Un rêve lointain, Don Carpenter (Cambourakis) – Fanny
Un rêve lointain, Don Carpenter (Cambourakis) – Fanny

Un rêve lointain, Don Carpenter (Cambourakis) – Fanny

J’ai cette tendresse pour l’univers de Don Carpenter, cette même tendresse que j’éprouve en lisant James Crumley ou Richard Brautigan,

Un rêve lointain « From a distant place »– traduit par la prolifique Céline Leroy aux éditions Cambourakis est le dernier opus d’un auteur tout à la fois tendre et mordant.

Le rêve américain prend un coup dans l’aile grâce à la plume d’un auteur qui ne fléchit jamais pour raconter avec maestria l’absurdité d’un système ultra capitaliste.

Il était une fois, au milieu des, années 80, en Californie, Jackie Jeminovski, sa superbe maison, son enviable silhouette, son séduisant sourire… et une verre d’alcool non loin. Sur un coup de tête, cette « desesperate housewive » organise un repas de Thanksgiving, ne se rappelant même plus qui elle a invité à cette « party ».

Don Carpenter, en peintre social, arrive à toucher ces instants où tout peut basculer, s’écrouler. Cela pourrait être tout de suite le cas, mais, comme pour le bon vin, il faut laisser décanter pour arriver à la maturité d’une scène.

Le focus se fait ensuite sur le fils, ce cher Derek, qui cherche à se sortir de la mouise de la plus mauvaise des manières.

« Derek aurait aimé qu’il existe une potion magique pour mettre de l’ordre dans sa vie. Il savait d’où venait le problème. Il avait laissé la puberté puis le lycée le chahuter (…) il avait passé ces sept dernières années à être tiraillé, son cerveau partant d’un côté, son corps d’un autre, son cœur encore d’un autre et ainsi de suite jusqu’à ce que les morceaux de sa personne finissent ventilés aux quatre coins de la planète. »

Don Carpenter remue les rêves avortés, les désirs inassouvis, la lâcheté, la violence et la frustration. De quoi tout faire partir en cacahuète et c’est foncièrement brillant.

Et puis il y a Kitty, l’inoubliable Kitty, l’amer remarquable du Butternut Corner où se croisent les âmes tourmentées de l’auteur. Kitty, du haut de de sa petite condition sociale, porte toute l’humanité et l’authenticité d’un monde qui ne cherche ni l’esbroufe, ni à plaire à tout prix, ni à envier, ni à posséder.

Un rêve lointain est un roman multiple, attachant, féroce où Don Carpenter égratigne l’âme de l’ Amérique consumériste tout en ayant une profonde affection pour celles et ceux qui tentent de tenir la barre, avec toutes leurs faiblesses et leurs contradictions.

Un grand moment de lecture.

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Céline Leroy.

Fanny.

Un rêve lointain, Don Carpenter, Cambourakis, 250 p. , 22€.

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