
Cette histoire, Benjamin Fogel la portait en lui, au-delà de lui, depuis longtemps.
Il en a fait un roman extraordinaire. Il revisite le genre et nous propose un texte qui, plus de 80 ans après la libération des camps, nous fait réaliser que les descendants de la Shoah sont toujours bel et bien là sur le plan littéraire pour qu’on n’oublie pas l’horreur qui a été vécue par leurs parents et leurs grands-parents. Le relai pour le devoir de mémoire est bien en main et d’autant plus inestimable en ces temps où les souvenirs sont trop souvent mis à l’écart au profit d’une pensée réactionnaire étonnante.
Jorge Semprun a été une figure emblématique de mon adolescence avec L’Écriture ou la vie et Le Grand voyage. Depuis, j’ai énormément lu sur cette période, je ne pensais pas retomber un jour, aussi loin de ces années terribles, sur des mots qui me toucheraient autant.
On en arrive toujours à un point où on se dit qu’on a fait le tour d’un sujet. Bien sûr les années concernant la 2nde Guerre mondiale sont une exception à cette règle. Plus on les documente, plus on résiste face aux dérives qui prennent de plus en plus de place au fil du temps.
Plus que cela, à travers ces pages, Benjamin Fogel réussit le tour de force de mêler une intimité profonde à la Grande Histoire. On ne ressent jamais de barrière entre nous et ce que vivent d’horrible Robert, Paul et leurs compagnons d’infortune ; on est au plus près de chacune de leurs sensations pour pouvoir, à notre tour, témoigner de l’horreur d’une époque et saluer la droiture d’esprit qui aura permis de sauver quelques âmes parmi une multitude condamnée.
Ce roman (dont une grande partie est directement inspirée de faits réels passionnants) est écrit dans une langue aussi belle que touchante. On sent, au plus profond de nous, que ces mots ont une portée salvatrice et universelle, que c’est un texte qu’il faudra chérir pour longtemps.
Aurélie.
Les Évadés du convoi 53, Benjamin Fogel, Gallimard / La Blanche, 304 p. , 21€.
