L’envie de partage et la curiosité sont à l’origine de ce blog. Garder les yeux ouverts sur l’actualité littéraire sans courir en permanence après les nouveautés. S’autoriser les chemins de traverse et les pas de côté, parler surtout de livres, donc, mais ne pas s’interdire d’autres horizons. Bref, se jeter à l’eau ou se remettre en selle et voir ce qui advient. Aire(s) Libre(s), ça commence ici.
Le Sang de la bête, Frédéric Paulin (La Manufacture de Livres) — Yann
Le Sang de la bête, Frédéric Paulin (La Manufacture de Livres) — Yann

Le Sang de la bête, Frédéric Paulin (La Manufacture de Livres) — Yann

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S’il s’est fait connaître du grand public avec ses deux incontournables trilogies publiées chez Agullo à partir de 2018 (la trilogie Benlazar et la trilogie libanaise), Frédéric Paulin s’était déjà fait les dents avec quelques polars publiés à droite à gauche, parmi lesquels La peste soit des mangeurs de viande publié une première fois à La Manufacture de Livres en 2017. C’est cet ouvrage qui revoit le jour aujourd’hui sous un nouveau titre.

« Un policier est retrouvé assassiné dans un abattoir des Hauts-de-France, un Post-it collé sur la poitrine : « Peuvent-ils souffrir ? » Rapidement, un groupe de défenseurs des animaux est mis en cause. Mais Étienne Barzac, officier de l’IGPN, la police des polices, découvre que le passé de la victime est plus complexe que l’on ne croit. S’engage alors une curieuse enquête où l’on apprend comment des jeunes deviennent des militants absolus de la cause animale et ce qui se passe réellement dans ces abattoirs… » (4ᵉ de couverture).

Roman au format plus conventionnel que les trilogies évoquées plus haut, Le Sang de la bête s’il peut sembler moins ambitieux dans son envergure, a toutefois le mérite d’aborder un sujet peu traité dans le roman noir, à savoir notre rapport aux animaux et la consommation de viande à travers le monde. Engagé en faveur de la cause animale, végétarien convaincu depuis des années, Frédéric Paulin plonge sans ménagement ses lecteurs dans le quotidien de plusieurs abattoirs bretons au sein desquels tentent de s’infiltrer des militants animalistes afin de dénoncer les conditions d’abattage de dizaines de milliers de bêtes chaque jour.

Faisant le choix d’une narration éclatée tant au niveau des voix (ce qu’on aurait tendance à nommer aujourd’hui roman choral) que sur le plan chronologique, Paulin suit les destinées d’une poignée de personnages de tous bords, flics, militants ou employés et donne de l’épaisseur à son récit en abordant également par la bande des thèmes comme la maladie ou les violences conjugales. C’est néanmoins la cause animale qui est placée au cœur de ces 250 pages sous tension et les souffrances induites chez les bêtes sacrifiées autant que chez les êtres humains dont le travail consiste à abattre chaque jour de quoi nourrir leurs semblables. Frédéric Paulin se montre particulièrement crédible quand il dépeint les conditions de travail dans lesquelles quelques grands patrons maintiennent leurs employés, dont bon nombre craquent dès la première journée de travail. Il ne commet pas l’erreur grossière qui consisterait à dépeindre ces hommes et ces femmes comme des monstres sans états d’âme qui se réjouissent d’infliger aux animaux des souffrances inutiles et parfaitement injustifiées. Bien sûr, certains cas existent et les vidéos révélées par L214 ces dernières années ont provoqué une émotion et une colère parfaitement justifiées. Mais, en se méfiant des généralités, Paulin évite la facilité qui consisterait à mettre tous les méchants du même côté. Pour la même raison, Damien Ganz, un des meneurs activistes du groupuscule La mort est dans le pré, a lui aussi un « côté obscur », une face sombre qui empêche de le rendre sympathique même si l’on adhère à son combat et à ses convictions.

Tendu, dense et bref, Le Sang de la bête est un miroir que Frédéric Paulin nous tend et dans lequel nous, les mangeurs de viande, n’aurons pas forcément envie de nous contempler. S’il ne bouleversera pas forcément les habitudes de chacun, il aura déjà le mérite, et ça n’est pas anodin, de nous faire réfléchir à ce système qu’il dénonce ainsi qu’à notre rapport au vivant. À nous de voir comment nous appréhendons notre façon de nous nourrir, à nous aussi de voir où nous plaçons notre éthique et comment nous la définissons.

« Je suis végétarien, le rapport à la consommation de viande est une problématique fondamentale pour moi, et aussi politique. La consommation de viande est un rapport meurtrier aux animaux. En dehors des situations de survie, tuer des animaux, et autant d’animaux, n’est pas un acte anodin. C’est un acte qu’on peut qualifier d’anéantissement. J’ai eu envie d’écrire un polar à propos de ça… » Frédéric Paulin sur France Culture le 9 novembre 2017.

Frédéric Paulin : « Chaque jour, on tue 3 millions d’animaux, la consommation de viande est une problématique éthique et politique » | France Culture

Le Sang de la bête, Frédéric Paulin, La Manufacture de Livres, 248 p. , 14€90.

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