L’envie de partage et la curiosité sont à l’origine de ce blog. Garder les yeux ouverts sur l’actualité littéraire sans courir en permanence après les nouveautés. S’autoriser les chemins de traverse et les pas de côté, parler surtout de livres, donc, mais ne pas s’interdire d’autres horizons. Bref, se jeter à l’eau ou se remettre en selle et voir ce qui advient. Aire(s) Libre(s), ça commence ici.
L’agent Seventeen, John Brownlow (Gallimard / Série Noire – Folio Policier) – Seb
L’agent Seventeen, John Brownlow (Gallimard / Série Noire – Folio Policier) – Seb

L’agent Seventeen, John Brownlow (Gallimard / Série Noire – Folio Policier) – Seb

« Je sors un paquet de cigarettes acheté en chemin, non que je sois fumeur mais parce qu’avoir une cigarette à la main te donne une excuse pour simplement t’asseoir et regarder alentour. Dans mon bleu de travail volé, je ne suis rien qu’une merde de plus collée sur la culotte de la ville. »

De nos jours, quelque part. Jones est l’agent Seventeen. Il travaille pour une officine privée que les gouvernements sollicitent lorsqu’ils ont besoin de faire éliminer quelqu’un et que c’est trop « chaud » pour leurs propres services. Seventeen, c’est le meilleur. Il est tout en haut de la chaine alimentaire. Son supérieur lui assigne une nouvelle cible. Enorme surprise, la gueule qu’il regarde sur la photo est celle de l’ex agent Sixteen, celui qui était le meilleur avant lui et qui a disparu vingta ans plus tôt corps et bien en décidant de prendre sa retraite dans une activité où l’on n’est jamais autorisé à la prendre. Mission : retrouver Sixteen (qui doit aller tranquillement sur ses soixante cartouches) et le liquider proprement. Un gros paquet d’oseille attend Seventeen pour ce contrat hors-norme. Mais Seventeen n’a pas idée de ce qui l’attend.

Ce roman, c’est une sorte de blockbuster littéraire, et c’est bon aussi de s’envoyer un roman qui envoie du pâté comme jamais. 501 pages, un beau pavé que ce polar. Moi qui lis lentement je l’ai dégommé en trois jours. Impossible de poser ce foutu roman. Dès que j’avais une contingence, je pensais à la suite, j’échafaudais des hypothèses sur ce qui allait se passer, je misais sur qui allait se faire dézinguer, je tentais de deviner où étais l’entourloupe, parce que bien sûr, il y a une entourloupe, toujours.
John Brownlow ne possède pas l’écriture de James Lee Burke, il ne m’en voudra pas de dire cela, personne n’écrit comme James Lee Burke. Mais il a un sens du rythme, de la mécanique bien huilée qui envoie les chevaux, qui force le respect. Cette histoire est un pur roman d’action, tu ne trouveras pas trop de considérations sociétales (quoi que), mais PUTAIN ce que ça marche !
Les rebondissements s’enchainent et je tourne les pages, je file dans ce Dakota où se déroule une partie de l’action (et je me dis que j’irai bien boire un café avec le shérif Longmire, après tout, le Wyoming n’est pas si loin). Rien à faire, je ne lâche pas l’affaire et je m’y remets dès que j’ai cinq minutes, cinq minutes qui en deviennent dix, puis vingt, ce qui fait que je repousse ce que j’avais prévu de faire et que je finis finalement par annuler purement et simplement.

Voilà ce que produit un polar extrêmement bien troussé. L’auteur a du savoir-faire à revendre mais mon petit doigt me dit qu’il gardera tout pour lui.

Je ne dirai rien du reste de l’histoire, même si vous m’envoyez l’agent Eighteen qui doit exister et attendre une mission lucrative.

Les épisodes d’action se suivent si rapidement qu’on a l’impression qu’ils se poursuivent pour se flinguer, ça tire de partout, il y a des explosions et des morts, il y a de l’observation et de la reconnaissance, on se déplace très vite et tant pis pour les radars et la police d’Etat.

Photo : D.R.

Le suspense est maintenu à des niveaux stratosphériques, on croise des personnages touchants dans cette Amérique rurale des laissés pour compte à qui Trump à si bien fait du charme. On est dans l’Amérique des pick-up, des chemises molletonnées à carreaux, des gens qui construisent leur maison eux-mêmes et des bourgades tranquilles où la principale activité de fin de semaine est la chasse. Pour le coup, il y a de la chasse à l’homme dans l’air.

Le seul bémol, mais c’est parce que j’ai en sainte horreur les films de James Bond, c’est que notre agent Seventeen, il sait tout faire, il maîtrise. Expert en maniement des armes (là, bon, c’est normal), mais toutes les armes (il les démonte et remonte les yeux fermés, même le plus obscur pistolet de fabrication moldave), il gère grave l’informatique, les drones, les écoutes et les géolocalisations. Il peut pirater un site internet comme je me prépare une tisane et piéger une maison avec un bout de fil de fer mieux que MacGyver. En plus il pilote tout ce qui a un moteur, sur l’eau, dans les airs, sur l’asphalte ou la terre lourde du nord de l’Etat.
Mais bon, le voyage entre les pages est mené à un tel train d’enfer que ça passe.
Si vous voulez vous payer un joyeux et trépidant moment de détente aux allures de feu d’artifices, c’est Seventeen qu’il vous faut. Et je parierai ensuite, que comme moi, vous attendrez la suite, parce qu’il y aura une suite, elle s’intitule Eighteen.

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Laurent Boscq.

Seb.

L’agent Seventeen, John Bronwnlow, Folio Policier, 528 p. , 10€50.


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