L’envie de partage et la curiosité sont à l’origine de ce blog. Garder les yeux ouverts sur l’actualité littéraire sans courir en permanence après les nouveautés. S’autoriser les chemins de traverse et les pas de côté, parler surtout de livres, donc, mais ne pas s’interdire d’autres horizons. Bref, se jeter à l’eau ou se remettre en selle et voir ce qui advient. Aire(s) Libre(s), ça commence ici.
Les fantômes de Shearwater, Charlotte McConaghy (Gaïa / Actes Sud) – Hélène
Les fantômes de Shearwater, Charlotte McConaghy (Gaïa / Actes Sud) – Hélène

Les fantômes de Shearwater, Charlotte McConaghy (Gaïa / Actes Sud) – Hélène

« J’ai haï ma mère presque toute ma vie et pourtant, c’est son visage que je vois alors que je me noie ».

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C’est sur cette première phrase, ô combien saisissante et intrigante, que s’ouvre le troisième roman de Charlotte McConaghy. Une autrice inconnue pour moi il y a encore quelques semaines mais repérée sur des comptes de libraires qui savent comment donner envie à la lectrice que je suis.

La couverture française a fini de me décider. Moi et ma fascination pour les phares et l’océan ne pouvait décemment pas passer à côté. Et s’est passé ce qui ne m’arrive jamais : commencer un livre le jour de son achat.

Et dès la première phrase, je n’ai plus aucune envie de lâcher Rowan, Fen, Orly, Raff et Dom.

Shearwater est une île perdue à des centaines de kilomètres de la côte australienne. Une équipe de scientifiques vit sur place pour conserver des graines précieuses et protéger la faune locale, tout en perdant jamais des yeux l’océan, tour à tour sauveur ou vengeur. Dom et ses trois enfants sont là pour garder le phare. Mais ça c’était avant.

Rowan, elle, n’a rien à faire là. Elle s’échoue sur le rivage sans qu’on sache pourquoi. Et au lieu de découvrir un lieu habité et des scientifiques au travail, elle ne rencontre que Dom, sa fille Fen et ses deux fils Raff et Orly. Que s’est-il passé ? Pourquoi tout le monde semble se méfier de Rowan sauf Orly ? Et pourquoi Rowan a atterri ici ? Car personne ne s’approche de cette côte par hasard.

L’écriture de l’autrice, et donc l’excellente traduction de Marie Chabin, tient en haleine sur une histoire qui n’est pas un polar mais est construit comme tel. Il n’est pas rare (et mes nerfs de lectrice ont autant souffert que adoré ça) qu’à la fin d’une phrase, Charlotte McConaghy lâche une information qui change tout. Ce roman qui explore les relations familiales devient dans ces moments-là le plus implacable des pages turners.

L’autrice joue avec son lectorat. Elle utilise une forme qui s’apparente au roman choral pour nous perdre dans les différents points de vue des personnages. Un même événement nous est raconté de plusieurs façons, interrogeant subtilement la question de l’angle de compréhension des choses. Elle m’a obligé à sans cesse revoir les certitudes acquises au cours de ma lecture, donnant sans en avoir l’air une certaine leçon sur la perception des situations : ne jamais imaginer qu’on a saisi les tenants et les aboutissants avant d’avoir toutes les clés. Qui ne sont évidemment données qu’à la toute fin.

C’est un roman que j’ai lu avec avidité tout en ayant besoin de reprendre mon souffle à certains moments. Car il y a un autre élément fondamental à ce roman : la nature. Sa grandeur, sa majesté, sa dureté aussi. On essuie plusieurs tempêtes dans ces pages, on a froid, on a faim, on a peur de ne pas tenir la marée. Et on écarquille les yeux aussi : pour mieux observer les lions de mer, les oiseaux et les baleines croisés au fil des pages. Et puis il y a les fantômes du titre dont on ignore tout au début et qui se dévoilent petit à petit.

Ce roman est d’une richesse incroyable et difficile à définir car il explore une palette de thématiques assez large : questions écologiques, le deuil, la parentalité, ce que c’est que d’être enfant dans un univers complexe et l’amour sous toutes ses formes. En parler sans le réduire n’est pas chose aisée. Mais sa musique, ses images me resteront longtemps, j’en fais le pari. Et bien évidemment, je vais me précipiter sur les autres romans de Charlotte McConaghy.

Traduit de l’anglais par Marie Chabin.

Hélène.

Les fantômes de Shearwater, Charlotte McConaghy, Gaïa / Actes Sud, 384 p; , 23€50.

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