L’envie de partage et la curiosité sont à l’origine de ce blog. Garder les yeux ouverts sur l’actualité littéraire sans courir en permanence après les nouveautés. S’autoriser les chemins de traverse et les pas de côté, parler surtout de livres, donc, mais ne pas s’interdire d’autres horizons. Bref, se jeter à l’eau ou se remettre en selle et voir ce qui advient. Aire(s) Libre(s), ça commence ici.
Le livre des prodiges, Olivier Ciechelski (Éditions du Rouergue / Rouergue noir) — Nicolas
Le livre des prodiges, Olivier Ciechelski (Éditions du Rouergue / Rouergue noir) — Nicolas

Le livre des prodiges, Olivier Ciechelski (Éditions du Rouergue / Rouergue noir) — Nicolas

Je viens de terminer un roman étrange, comme aurait dit mon grand-père… Parce que mon grand-père aimait bien ce mot. « Elles sont étranges les pommes de terre, cette année », tu vois le genre ?

Bon, assez causé de mon grand-père, ça me fait penser au béret qu’il avait en permanence sur le crâne, et ça me fait sourire, mais c’est un sourire mitigé… Et du coup, assez rigolé.

Il y a des romans qui annoncent beaucoup par leur titre, leur atmosphère, voire leur ambition. Le Livre des prodiges en fait partie. Tu te souviens de Monsieur Buk qui disait « Si ça ne sort pas de tes tripes, n’écris pas ». Avec Olivier Ciechelski, tu sens la volonté de créer un objet littéraire, et ça me gêne un peu, même si par moments, le livre touche juste. Mais juste par moments. L’ensemble m’a laissé une impression plus mitigée.

Pour moi. Je sais que d’autres ont adoré.

Tu sais que je suis plutôt difficile. Donc, en ce qui concerne les tripes, pas vraiment vu. Pas vraiment ressenti. Pas vraiment convaincu.

Une idée forte, de temps en temps, par éclats comme ils disent dans la culture. Par éclats. De temps en temps.

Le roman repose peut-être sur une intuition : celle d’un livre qui agirait sur les vies, qui révèlerait, déplacerait, troublerait. Et il y a, disséminées dans le texte, de véritables trouvailles. Vraiment. Rien que pour ça, tu vas aimer le lire.

Certaines phrases frappent par leur simplicité, et j’aime quand les mots sont simples. Je comprends mieux les choses.

« Les livres ne changent pas le monde. Ils changent ceux qui le regardent. »

Ou encore :

« Il y a des signes partout, mais encore faut-il accepter de les voir. »

Ces morceaux de mots m’ont donné envie d’y croire, de m’abandonner au jeu du roman du Monsieur.

Le style est fluide, précis, souvent agréable à lire. Mais ce qui m’a gêné, c’est la retenue, constante, comme si le texte refusait d’aller au bout de quelque chose.

Même dans ses moments les plus inspirés, Ciechelski semble se contenir :

« Le prodige n’est jamais là où on l’attend, et c’est peut-être pour cela qu’on le manque. »

C’est juste, c’est fin, bien sûr, mais ça m’a pas renversé.

Parmi les différents personnages, celui de la prostituée apporte quelque chose de plus incarné, de plus direct. Plus proche de ces romans que j’aime d’amour, comme ceux de Thierry Maricourt (Cherche chez Agone, l’éditeur marseillais). Sa parole tranche avec le reste du roman.

Chez elle, le langage devient plus dense, plus concret, et plus vivant :

« Les hommes ne viennent pas pour moi. Ils viennent pour oublier qu’ils sont seuls. »

Et puis aussi :

« Je vois passer des vies entières en une nuit. Et aucune ne reste. »

C’est beau, juste beau. Je te fais grâce des paragraphes plus crus, plus proches du vrai langage. Tu les liras.

Alors évidemment, dans ces moments-là, le roman gagne en densité. Il pèse enfin plus lourd. Il quitte le terrain de l’idée pour toucher à quelque chose de plus humain, de plus réel.

Mais là encore, je suis resté un peu sur ma faim : ces passages sont forts, mais trop rares, comme si le livre n’osait pas exister dans cette matière plus rugueuse, cette matière qui gratte quand tu passes le doigt dessus.

Le roman avance par fragments, comme ils disent dans les journaux littéraires. Par des histoires qui se croisent. Son intention est claire : il tente de créer une mosaïque, de faire émerger un sens global. Tu sais, ces morceaux disséminés qui ne sont signifiants que quand tu les assembles.

Mais pour moi, là encore, l’effet reste inégal.

Certaines pistes promettent, mais c’est tout. Des promesses.

Je comprends, mais je ressens pas.

« Tout est lié, dit-on. Mais parfois, les liens sont trop ténus pour être vécus. »

Tu vois, c’est joli, et c’est une phrase qui résume presque la limite du roman. Trop ténu.

Le livre cultive une forme d’opacité, de suggestion. Et c’est souvent une qualité. Mais ici, elle a fini par créer une distance entre lui et moi.

Le prodige reste une idée plus qu’une expérience. J’ai tourné autour, je l’ai parfois effleurée. Mais c’est tout, parce que Le Livre des prodiges est un roman qui ne manque ni d’intelligence ni de délicatesse. Qui suis-je d’ailleurs, pour juger de l’intelligence d’un roman…

Il propose des idées, des fragments marquants, et notamment une voix — celle de la prostituée — qui apporte une vraie épaisseur humaine. Tu verras. Mais l’ensemble reste un peu trop sage, un peu trop en retrait. Et c’est dommage.

Je retiens des passages que j’ai envie de relire, et c’est énorme quand tu réfléchis au peu de choses qui restent dans la littérature aujourd’hui. Mais il m’a manqué le vertige annoncé, les fameux prodiges…

Même celle qui est le personnage principal, celle par qui le fantastique arrive, celle qui nous donne à penser sur le miracle, je l’ai oubliée. c’est donc un livre que j’ai lu, que j’ai un peu aimé de temps en temps… et que j’ai refermé avec une légère frustration.

Et c’est tout ce que j’ai à dire sur ce roman.

Nicolas.

Le livre des prodiges, Olivier Ciechelski (Éditions du Rouergue), 368 pages, 22,50 €

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