L’envie de partage et la curiosité sont à l’origine de ce blog. Garder les yeux ouverts sur l’actualité littéraire sans courir en permanence après les nouveautés. S’autoriser les chemins de traverse et les pas de côté, parler surtout de livres, donc, mais ne pas s’interdire d’autres horizons. Bref, se jeter à l’eau ou se remettre en selle et voir ce qui advient. Aire(s) Libre(s), ça commence ici.
La colonie, Annika Norlin (La Peuplade) — Fanny
La colonie, Annika Norlin (La Peuplade) — Fanny

La colonie, Annika Norlin (La Peuplade) — Fanny

Il existe des romans dans lesquels on entre comme en forêt primaire : leur densité, leur intensité, leur profondeur immédiate, notre immersion quasi instantanée, font déployer notre émerveillement de lecteur.

La colonie d’Annika Norlin, traduit du suédois par Isabelle Chéreau, est une histoire multiple et puissante, avec, au cœur, la beauté complexe des liens humains et notre rapport au Vivant.

Le point de départ est ce mal contemporain, celui où l’on peut s’essouffler à suivre un rythme effréné, ce burn-out insidieux, silencieux.

Émeline aimait pourtant « ça », cette pression citadine, celle des contrats, des rencontres incessantes, cette stimulation en continu.

Puis un jour, ce petit chaperon rouge s’effondre, rencontrant son gros loup d’épuisement. Elle s’en va alors rejoindre un bout d’enfance, bout de territoire ayant appartenu à sa mère-grand.

Depuis cette forêt devenue camp de base, Émeline prend le temps de raccommoder son métabolisme.

C’est au cours d’une de ses promenades qu’elle aperçoit un groupe de sept personnes aux rituels précis, connectés aux insectes, aux arbres, aux lacs, jouissant sans entraves.

Via son journal de bord, Émeline note, renseigne, se pose des questions, telle une anthropologue observant… ses semblables.

Jusqu’à la rencontre qui n’est pas du troisième type.

Annika Norlin déploie alors notre humanité, ses travers, ses trésors, ses mystères, ses forces, ses faiblesses, ses violences, en nous narrant l’histoire tissée de cette colonie sur trois grandes périodes s’étalant des années 70 jusqu’en 2023.

En toile de fond, l’évolution du territoire suédois, ce que l’on fait de notre écosystème.

Annika Norlin interroge notre rapport à l’inadéquation, aux épreuves de la vie, aux impasses, elle va chercher le point de bascule en chacun de ses protagonistes et nous interroge sur nos forces et nos faiblesses.

La Colonie nous happe, et c’est fracassant.

Remarquable 💚

Fanny.

La Colonie, Annika Norlin, La Peuplade, 576 p. , 24€.

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