
Rufous est cartographe, spécialisé dans les espèces en voie d’extinction. Il n’a pas encore 50 ans et a pourtant dû prendre sa retraite. Une sorte de démence atypique a commencé à grignoter son esprit, il sait que sa vie se terminera prématurément.
Rufous a eu une vie d’adulte sans aspérités, d’ailleurs, il l’a déjà presque totalement oubliée. Mais ses souvenirs d’enfance sont très présents, quasiment incarnés. En 1979, alors qu’il était âgé de 5 ans, il a vécu une cavale avec ses frères et sœurs dont la plus âgée avait 15 ans. Pendant des mois, ils ont vécu dans une cabane dans les arbres en pleine nature, tentant de rester loin des services sociaux, des ennuis et d’une séparation qu’ils redoutaient. Jusqu’à que tout s’arrête brutalement…
Alors que le Rufous d’aujourd’hui (qui ne peut plus conduire et est devenu claustrophobe) décide de commencer un périple de plusieurs jours à travers les forêts de Colombie-Britannique pour retrouver une dernière fois ses frères et sœurs au pied de la cabane, le petit garçon de cinq ans qu’il était partage avec nous ces quelques mois fondateurs ou la faim ne faisait pas le poids face au bonheur d’être ensemble.
Toute une enfance et une adolescence se déroulent alors, imprégnées d’une angoisse diffuse, d’un attachement très fort à la nature, jusqu’à avoir l’impression de dialoguer avec elle.
Rufous marche vers ses frères et sœurs devenus adultes, il marche vers son passé et les secrets qu’il renferme encore.
Ce roman est de toute beauté, tant dans sa façon d’aborder les merveilles et les dangers de la nature qu’à travers la force et les failles de ses personnages.
Traduction de l’anglais (Canada) de Charlène Busalli.
Ciel noir, cœurs battants, Sarah Louise Butler, éditions Phébus, 256 p., 22€50.
