L’envie de partage et la curiosité sont à l’origine de ce blog. Garder les yeux ouverts sur l’actualité littéraire sans courir en permanence après les nouveautés. S’autoriser les chemins de traverse et les pas de côté, parler surtout de livres, donc, mais ne pas s’interdire d’autres horizons. Bref, se jeter à l’eau ou se remettre en selle et voir ce qui advient. Aire(s) Libre(s), ça commence ici.
Bois, Fred Gevart (Écorce éditions) — Nicolas
Bois, Fred Gevart (Écorce éditions) — Nicolas

Bois, Fred Gevart (Écorce éditions) — Nicolas

En préambule, je te précise que tu peux encore trouver ce roman, paru chez « Écorce », si tu cherches un peu sur le ouaibe. C’est facile, et même pas cher. Et puis, finalement, se plonger dans des romans qui ont existé, il y a une paire d’années, voire un peu plus pour celui-ci, c’est un bon moyen de dire que la littérature est le seul moyen qu’on ait pour se dire des choses.

Ne pas oublier que l’internet n’est évidemment pas le bon média, et que dans quelques siècles, ils se demanderont pourquoi on s’est servi de ce truc ridicule.

Encore une de ces maisons disparues au grand dam de moi, mais qui nous ont permis de découvrir des auteures et des auteurs que Buk n’aurait pas reniés.

D’ailleurs, elle était passée, en son temps, chez M’sieur Fourniaud à La Manuf.

« Bois ».

Quand j’ai vu le titre, je me suis dit que j’allais encore me promener dans la forêt.

Forcément.

Collection « Territori » de Cyril Herry, tu te balades dans la campagne.

C’est le but.

La nature, tout ça. Ben non.

Si t’as cru ça, toi aussi, t’as faux.

Comme moi.

« Bois », c’est comment tu fais pour pas boire, alors que finalement, c’est la seule chose qui te semble importante. Le seul truc qui te permet d’être toi.

Fred Gevart, il a dit :

« Le passage sur l’alcool dans Écriture, j’ai eu envie de le citer. C’est le meilleur moment du bouquin. Il y a là-dedans une sincérité incroyable. Et pendant des années (j’ai dû lire ce livre il y a dix ans) c’est surtout pour ça que je l’enviais… »

« Écriture », c’est King. Pas le Roi Lion, l’autre. Celui qui a été capable de nous dire, sans aucune honte, parce qu’il est passé au-dessus, qu’il avait le sentiment de mieux écrire après avoir bu… Un peu comme Victor, en son temps aussi.

Bon. Ça, c’est fait. Le livre, maintenant.

Sylvain, il a la belle vie. Il écrit des romans. Déjà, ça, c’est la belle vie. Il est marié avec une chouette fille. Elle s’appelle Marlène. Tu sais, comme dans la chanson du groupe dont il ne faut plus parler.

Mais un jour, il lui tombe un truc sur le coin de la gueule. Je te dis pas, je vais pas spoiler.

Juste, il comprend qu’il en a plus forcément pour très longtemps avec cette belle vie-là. Alors dans le livre, il y a du passé, du présent et du futur. T’espères aussi.

Il y a longtemps, il a eu un accident. Ça aide pas. Il s’est fait coincer dans une prise d’otage. C’était lui l’otage. Deux ans de coma. Du coup, les vingt-huit ans d’avant « l’accident », il les a oubliés. Il a tout oublié.

Il se souvient de que dalle.

Il se souvient juste qu’il aime boire.

Vraiment.

Sauf que là, il boit plus. Plus une goutte.

Il y a une autre fille dans le roman. Elle s’appelle Sandrine. C’est un genre de déclencheur. Elle déclenche des trucs auxquels il ne s’attendait pas.

Et puis, y a cette page, tapée à la machine, dont il ne se souvient même pas qu’il l’a écrite. Sylvain, il a pas de passé. Pas tellement d’avenir non plus, comme dans la chanson de Balavoine.

Fred Gevart, il a osé nous montrer la réalité avec des voix différentes, des regards différents et des typos différentes. C’était pas gagné.

Le truc, c’est qu’il s’agit de nous emmener précisément où il veut qu’on aille. Pas de flic, pas d’enquête. Juste une piste qui nous aide à suivre la lente descente d’un type qui a l’air d’avoir tout perdu.

Fred (je l’appelle Fred comme si on se connaissait vachement bien), il a dit quelque part qu’il écoute pas de musique quand il écrit. Et pourtant la musique, elle est dans tout le bouquin. Elle est partout.

Omniprésente.

C’est magique parce qu’elle est dans ta tête (si tu connais les morceaux sinon tu les écoutes avant) et qu’elle t’emmène, elle aussi, dans des endroits que tu avais oubliés. Tu sais, ces souvenirs qui te reviennent quand tu écoutes une mélodie qui te ramène quelques années en arrière.

La musique, dans « Bois », elle fait ça.

C’est bien.

On va pas se mentir, ce n’est pas un roman facile. Si tu crois tomber sur un truc comme ceux dont ils parlent à la télé, ce n’est pas ça. C’est un roman que tu dois mériter.

Mais il est peut-être temps de se culturer le cerveau, non ?

Un bout du début, pour que tu comprennes :

Depuis toutes ces années, tu dois faire face, chaque matin, à ce visage laid, à ces lèvres coupées au sécateur, à ces paupières sombres et cartonnées. À ce nez de travers. À peine une ébauche sur le papier d’un peintre. Ton visage. Un putain de chantier. Tu n’as plus qu’à remettre la prothèse en place.

Tu vois, ça tue.

Il est chez Écorce, donc, chez Cyril Herry.

Tu cherches sur internet et tu le commandes, et tu vas sans doute trouver aussi Cavalier seul, qu’il a écrit avec Nat. Nat, c’est sa compagne. Tu peux aussi y jeter un œil, tu ne seras pas déçu.

Tu m’as fait confiance, jusqu’à maintenant ?

Continue.

C’est tout ce que j’ai à dire sur ce roman.

Bois, Fred Gevart, Ecorce éditions, 7€.

2 commentaires

  1. Trani Helene

    Bonjour
    J’ai quasiment tous les livres publiés par Ecorce
    C’était l’époque où j’ai connu Patrick Dewdney (Crocs) Eric Maneval (Retour à la nuit) Severine Chevalier (Clouer l’ouest) et Fred Gevart bien sûr avec Bois et Cavalier seul, et bien d’autres auteurs encore
    Que des livres atypiques, et vraiment tous très intéressants à lire
    De belles découvertes
    Je suis restée fidèle à certains auteurs, et j’aime aussi beaucoup ce que Cyril Hery a écrit

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