
Quel est le point de jonction entre une capitale située sur une péninsule du golfe de Finlande, le chef-lieu de la région du Latium, l’agglomération située sur les rives du Potomac et un officier de l’armée russe ?
Tic-tac tic-tac tic-tac
Eh bien, c’est ce que tu vas découvrir fissa en lisant l’addictif L’incident d’Helsinki.
Voici un roman d’espionnage dans la plus pure tradition du genre.
À une exception près : les femmes y sont les maîtresses du jeu.
Anna Pitoniak, avec la traduction de Jean Esch, nous transporte dans un roman noir haletant dont la construction est au plus proche de ce que doivent être les services de renseignements : un délicat travail d’équilibriste, fastidieux, opaque, véritable partie de poker où il faut savoir doser les risques, mais où tous les coups sont finalement permis.
Au centre de cette affaire, Amanda Cole, officier de la C.I.A., déterminée, pourtant « fille de », à savoir un agent installé depuis longtemps dans la place, tel un John le Carré calé dans son fauteuil club… mais peut-être plus pour longtemps.
Rome, de nos jours, un agent russe en goguette demande à être reçu rapidement au sein de l’ambassade américaine. Il a d’importantes informations à faire passer au plus niveau, un sénateur américain est dans l’œil rouge de Moscou, sa vie est en danger immédiat.
Sauf que notre pauvre Semonov a bien du mal à être pris au sérieux dans le « cliché » du genre.
Et pourtant…
Amanda va devoir approfondir et affronter tout à la fois un passé trouble et troublé tout comme elle va devoir montrer les crocs et ne rien lâcher à l’intérieur même de la dominance mâle de son organisation.
« (…) La plupart du temps, pour être honnête, Semonov oubliait l’existence de cette rivalité ancienne et durable entre le GRU et le FSB. Sur le papier, les deux services de renseignements russes partageaient les mêmes objectifs, mais ce qui importait le plus, à leurs yeux, c’était celui des deux qui atteignaient ces objectifs. Ce psychodrame à la Caïn et Abel était surtout perpétué par ceux qui n’avaient pas d’autres préoccupations, c’est à dire ceux qui sévissaient aux échelons les plus élevés, et ceux qui, comme Tweedledee et Tweedledum, ne savaient se définir que par la haine.(…) »
L’incident d’Helsinki est un jeu de poupées russes, une histoire en cache une autre, la tension monte au fur et à mesure des révélations et des choix faits, jusqu’à l’assaut final.
Un jeu de dupes dont personne ne sortira indemne.
Exit les mâles figures de proue et les ingénues dociles, Anne Pitoniak revisite le genre et c’est délicieux comme une -très- bonne série.
Une réussite.
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Jean Esch.
Fanny.
L’incident d’Helsinki, Anna Pitoniak, Gallimard / Série Noire, 432 p., 21 €.
