L’envie de partage et la curiosité sont à l’origine de ce blog. Garder les yeux ouverts sur l’actualité littéraire sans courir en permanence après les nouveautés. S’autoriser les chemins de traverse et les pas de côté, parler surtout de livres, donc, mais ne pas s’interdire d’autres horizons. Bref, se jeter à l’eau ou se remettre en selle et voir ce qui advient. Aire(s) Libre(s), ça commence ici.
Précieux sang, Marie-Hélène Voyer (La Peuplade) – Fanny
Précieux sang, Marie-Hélène Voyer (La Peuplade) – Fanny

Précieux sang, Marie-Hélène Voyer (La Peuplade) – Fanny

Elle est là, tu la ressens, palpitante, entre les pages de ce Précieux sang, cette colère salvatrice.

Elle émerge puis nous inonde, cette puissance au sein de cette poésie engagée, parfois enragée, d’une beauté inouïe.

Entre ses petites lignes, Précieux sang est un grand roman hors norme, une histoire diablement marquante. .

Cela m’a procuré la même émotion solidaire et percutante qu’un 14 juillet d’Éric Vuillard. Toujours les petites gens et leurs « noblesses féroces ».

Ici, Marie-Hélène Voyer trempe sa plume dans le sang des ouvrières canadiennes du début du XXème siècle, début de l’ère des hommes et des femmes à tout faire, fourmis ouvrières venues pour survivre, à fabriquer armes, horloges, allumettes, charger l’amiante, dépecer les bêtes.

Il en fallait pour nourrir l’immense bête goulue industrielle, à s’en arracher la tête, les dents, la main, la gorge, pour 8 pièces à 54 heures/semaine, au mieux.

L’écriture poétique de Marie-Hélène Voyer est d’une précision et d’une puissance rare. Tu lis, tu ressens, tu éprouves par ses lignes choisies, travaillées, les destins de Simone, Clémence, Florence, Marie et la Germaine « fulminante ».

L’interlude nommé Femmes sans fleuve est un hommage solaire et solidaire à ces femmes « inexorables » dont « l’horizon est confisqué » .

Précieux sang tape du poing sur la table, Marie-Hélène Voyer continue de s’y dévoiler avec un talent rare, marquant.

« Des siècles de corps meurtris me collent au corps, ils saturent mon regard d’une inquiétude sauvage, d’une brûlure fondatrice à laquelle je souhaite toujours rester fidèle ».

L’auteure québécoise y convoque en exergue Anne Hébert, Denise Desautels, Diane Régimbald, Jane Sautière, Marie-Claire Blais, de ces auteures québécoises talentueuses ne mâchant ni leurs mots ni leur prose.

Tu auras envie d’en savoir plus sur Léa Roback, ou même Madeleine Parent, les combats sociaux de ces années bouillonnantes, la hardiesse de ces femmes. Puis tu ressentiras le feu montant en toi, sa libération.

Qu’elle est belle cette rage mêlée aux souvenirs de l’auteure sur la ferme familiale, berceau de ce que l’auteure « cherche à nommer au plus juste l’à-vif de l’expérience de vivre. »

Inoubliable💙.

Fanny.

Précieux sang, Marie-Hélène Voyer, La Peuplade, 216 p. , 20€.

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